La Création

Enjeux et significations pour le présent (Genèse 1.1 – 2.4)

Ce n’est pas un hasard si la Bible s’ouvre sur les premières pages de la Genèse. On peut difficilement imaginer un autre début à ce ‘Livre de Dieu’ pour les hommes. Car tout comme notre vie personnelle est marquée par une quête d’identité (d’où l’importance de notre nom, de notre lieu de naissance, de notre histoire, de nos parents et de notre famille…), l’humanité toute entière recherche son identité dans ses origines.

Sommes-nous le produit du hasard ou d’une volonté ? Sommes-nous les cousins du singe ou les enfants de Dieu ? De la réponse à ces questions fondamentales dépendent le sens de notre existence et celui de notre planète. Ni livre de science, ni récit d’historien (car personne n’y était !), la Genèse est cependant la révélation vraie de nos origines et du plan de Dieu pour la terre. Aujourd’hui encore, elle constitue l’un des piliers de notre foi.

Il n’est pas possible en quelques lignes de faire une étude détaillée d’un texte aussi riche et fourmillant d’enseignements. Nous nous contenterons d’examiner ensemble les grands mouvements du récit, à travers trois expressions qui le rythment. Nous y découvrirons aussi l’essentiel du message de ce texte. Puis nous nous arrêterons un peu sur la portée du récit consacré à la création de l’homme… Nous sommes directement concernés ! 1.

« Dieu dit… et cela fut (ainsi) » (cf. v. 3, 6-7, 9, 11, 14-15, 24)

Tout est là ! La grande affirmation initiale de la Bible tient dans ces quelques mots : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. » Et il le fit par la parole ! Le Psaume 33, v. 9 affirme : « Car il dit, et la chose arrive ; il ordonne et elle existe. »

Nous sommes là en présence d’un acte inouï, hors de notre portée, puisqu’il dépasse notre entendement et marque définitivement la limite entre le Créateur et la créature. En tant qu’êtres humains, nous pouvons ‘créer’ toutes sortes de choses – des objets, des œuvres d’art, des outils… – à partir d’une matière préexistante. Mais jamais à partir de rien ! Dieu est Dieu, nous dit la Bible, en ce qu’il lui suffit de concevoir et de vouloir (ce qu’implique ici le verbe ‘dire’) pour que la chose se réalise.

Mystère des mystères pour notre esprit limité, certes, mais pas illogique pour autant. Ainsi ce monde que nous observons chaque jour et dont la complexité phénoménale est constamment soulignée par les scientifiques, ce monde-là est le produit d’une cause première, puissante et intelligente (cf. Rm 1.20). Oui, dit la Genèse, et cette cause première, c’est notre Dieu ! Les implications d’une telle révélation et son acceptation par la foi sont incalculables. En fait, elles bouleversent toute notre existence.

Implications pratiques…

A. Un sens à la vie

Si toutes choses procèdaient du hasard, nous ne serions que le produit accidentel d’une collision d’atomes… Dans ce cas, rien n’a de signification, car le hasard n’a aucun projet… Mais tel n’est pas le cas. Dieu est à l’origine de l’univers : il ‘dit’ et la chose arriva. Ce qui signifie que nous sommes l’accomplissement d’un choix, d’une volonté, le résultat d’un projet divin pour la terre et pour l’humanité. Notre existence revêt un sens. Grâce au récit de la Genèse, nous découvrons nos racines et nous comprenons que nous avons un Père créateur qui nous a voulus. Tout prend du sens. Nous savons d’où nous venons, nous pouvons découvrir qui nous sommes et quel est le dessein prodigieux de Dieu pour nous. Quelle confiance cela ne nous insuffle-t-il pas ! En route pour la vie !

B. Une rencontre

Non seulement Dieu a créé la terre et tout ce qu’elle renferme, mais il a choisi de nous le faire savoir à travers le récit de la Genèse. Cela veut dire que Dieu se préoccupe de nous, qu’il vient à notre rencontre et désire nous parler. Dieu ne s’est pas contenté de lancer un processus évolutif en disant : ‘maintenant débrouillez-vous tout seuls’. Non, il s’approche de nous et se révèle à nous. Nous ne sommes pas seuls ! Quel privilège extraordinaire que d’apprendre à connaître notre Créateur, que d’entrer en relation avec lui !

C. Une puissance dans notre vie

Il faut encore relever ceci : si « Dieu dit… et cela fut ainsi », la puissance de Dieu est extraordinaire ! Il est le Tout-puissant ! Nous avons un Dieu auquel rien n’est impossible (cf. Lc 1.37) ! Loin de nous inquiéter, cette révélation nous invite plutôt à faire l’expérience de sa toute- puissance dans notre propre histoire. Laissons-le nous parler afin que sa puissance créatrice puisse se manifester au creux de nos vies. Notre Dieu peut créer du neuf dans nos existences, quel que soit notre parcours antérieur.

2. « Dieu vit que cela était (très) bon »

(cf. v. 4, 10, 12, 18, 21, 25, 31)

Quoi de plus satisfaisant et agréable que la fin d’un ouvrage, avec la possibilité d’en admirer le résultat et d’être content de soi ? Eh bien, Dieu a manifesté son contentement ! Ce qu’il a créé était bon et même très bon (beau, agréable, harmonieux, opérationnel… bref, parfait). Non seulement cette expression nous permet de comprendre que Dieu n’est pas un être impassible, qui crée sans état d’âme, mais au contraire un Dieu qui se réjouit des bonnes et belles choses, mais encore elle nous révèle un trait déterminant de la nature divine : Dieu est bon, et il n’est que bon ! A l’époque où Moïse écrivit le récit de la Genèse, les peuples qui environnaient Israël croyaient en une multitude de divinités (un véritable panthéon). La Genèse dit : ‘un seul Dieu créateur’. Ces peuples supposaient également que les dieux, à l’image des hommes, étaient de nature et d’humeur variables, soit bons, soit méchants, soit véridiques, soit trompeurs, soit favorables, soit hostiles… La Genèse affirme : ce Dieu unique n’est que bonté, vérité, intégrité. Il n’est pas le Dieu du bien et du mal car il n’y a pas de mal en lui.

« Dieu est lumière et il n’y a pas en lui de ténèbres. » (1 Jn 1.5)

« Dieu est amour. » (1 Jn 4.8)

Implications pratiques…

A. Une relation de confiance et d’amour

Si Dieu réunissait en lui tout à la fois le bien et le mal, notre relation avec lui serait forcément de type ‘attirance-répulsion’, connotée de crainte. Mais nous pouvons lui faire une totale confiance : il est la source de toute bonté, de toute beauté et de toute vérité. Il n’y a rien à craindre d’un Dieu qui a tout créé pour notre bonheur et notre épanouissement. Au contraire, nous pouvons aller à lui avec une pleine confiance dans son amour envers nous. Et cet amour nous transforme à son image…

B. Un point de repère fiable

Chacun porte en soi une aspiration profonde au bien, au beau et au vrai. Mais comment définir ce qui est bien et ce qui est mal ? Dieu est la source et la norme de tout bien. Ainsi nous pouvons compter fermement sur lui et sur sa Révélation (la Bible) pour nous donner les jalons indispensables au discernement du bien et du mal, du vrai et du faux. Tout n’est pas relatif dans le domaine esthétique, physique, mental ou moral : la vérité n’est pas relative. Dieu qui est bon, et qui n’est que bon, est notre unique point de repère moral et spirituel, le ‘phare’ qui éclaire notre nuit.

3. « Il y eut un soir, un matin : … (cf. v. 5, 8, 13, 19, 23, 31) ème jour. »

Nous avons vu que Dieu est tout-puissant. Il lui était donc possible de créer l’ensemble des éléments de notre planète en quelques instants, ou encore, puisqu’il est éternel et que le temps n’a pas la même valeur pour lui que pour nous, d’étaler cette création sur des millénaires ou des millions d’années… Or la Genèse nous parle d’une création en 7 jours. Pourquoi ?

S’il ne s’agit pas d’une nécessité, c’est donc pour nous que Dieu a procédé ainsi ; il a choisi de créer pour nous un cadre de vie harmonieux en prenant soin d’ajouter au cadre ‘matériel’ un cadre temporel, avec deux unités fondamentales de référence : la journée (de 24 heures) et la semaine.

Il est notre Créateur et lui seul connaît parfaitement notre ‘mode d’emploi’ ! Nous sommes faits pour alterner les activités et le repos, le travail et le ressourcement. Voilà pourquoi Dieu a créé le monde en une semaine de 7 jours, avec ses soirs et ses matins, afin de laisser aux créatures qu’il aime une sorte de ‘leçon de choses’, un modèle temporel à suivre, avec son rythme propre. Dès le premier chapitre de la Bible, nous apprenons que notre Père du ciel se met à notre portée, qu’il aime nous enseigner à bien gérer nos vies en nous rencontrant sur notre terrain.

Implications pratiques…

A. Une bonne gestion du temps

Souvenons-nous de ce cadre temporel originel, qui nous indique les besoins de notre nature. Remplissons nos journées convenablement et profitons aux mieux de nos nuits de repos ! Ayons des activités tout au long des six jours consécutifs de la semaine et sachons nous arrêter au 7ème jour, celui que Dieu a « béni et consacré », au cours duquel il s’est « reposé » pour nous laisser un exemple à suivre (il n’était certainement pas fatigué, lui !). Cet arrêt – un ressourcement physique, moral et spirituel en Dieu – est une bénédiction pour quiconque le met en pratique. Dieu le rappellera ultérieurement, lorsqu’il prononcera les dix commandements depuis le mont Sinaï et consacrera le jour le jour du sabbat (voir Exode 20.8-11).

B. Une vie bien réglée et organisée

A l’image d’un Dieu qui crée avec ordre, jour par jour, en situant les éléments de la création dans l’espace et le temps, et ce de manière progressive jusqu’à l’achèvement de son œuvre, nous sommes invités à mettre de l’ordre dans nos vies en les structurant autour d’un projet de vie à long terme et de projets ponctuels à court ou à moyen terme. D’où l’utilité, non seulement d’une bonne gestion du temps, mais encore d’une bonne administration de l’ensemble de notre ‘capital’ individuel (talents, richesses, santé, caractère, influence…). Notre Dieu est un Dieu d’ordre, d’harmonie, de progrès ; il sait toute l’importance de la rigueur, de la méthode et de la discipline (sans négliger la fantaisie et l’imagination dont il a largement fait preuve dans la création) pour notre développement personnel présent et futur.

« Dieu dit : ‘Faisons l’homme à notre image.’ » (v. 26)

Que n’a-t-on pas dit au sujet de ce verset ! Certains ont même tenté de ‘reconstituer’ l’apparence de Dieu à partir de l’être humain – son image – en lui attribuant un nez, une bouche, des mains… Tel n’est pas le propos du livre de la Genèse lorsqu’il nous présente l’homme créé à l’image de Dieu, ‘selon sa ressemblance’. Observons tout d’abord que cette formule concerne exclusivement l’homme et la femme (v. 26 et 27) car aucune autre créature n’est qualifiée d’ ‘image de Dieu’ dans la Bible.

La leçon est claire : quelles que soient les ressemblances physiques entre l’homme et certains mammifères (le singe, par exemple), il subsiste entre eux des différences fondamentales infranchissables. L’homme et la femme sont bel et bien vice-roi et vice-reine de la création ! Ils portent une empreinte divine qui leur confère une dignité spéciale en même temps qu’une responsabilité particulière.

Genèse 1.28 ouvre une fenêtre sur le sens de l’expression ‘créé à son image’ :

A l’image de Dieu qui crée la vie, l’homme et la femme peuvent procréer, transmettre la vie (1.28a)… mais les animaux aussi ! Là ne réside donc pas l’essentiel.

A l’image de Dieu qui régit l’univers, l’organise et le structure, l’homme et la femme sont appelés à gouverner la terre, à la protéger, à la soigner afin d’en préserver l’ordre et l’harmonie. Les hommes sont en quelque sorte les gérants de la planète terre !

Il ressort de ce verset que nous sommes à l’image de Dieu parce que foncièrement libres et responsables, non dirigés de façon quasi automatique par nos instincts, mais capables de penser, d’évaluer, de parler, de dialoguer, de choisir, de rire… et même de prier ! Dieu nous a donc créés distincts de lui par nature et dotés d’une individualité propre faisant de nous des êtres absolument uniques. C’est pourquoi nous possédons la capacité merveilleuse d’entrer en relation avec Dieu et de l’aimer, comme lui nous aime et souhaite notre compagnie. Cette noble image de Dieu en nous appelle l’amour, la créativité, la liberté et la responsabilité. Nous devrions la développer sans cesse afin de marcher de progrès en progrès. (Nous verrons bientôt que le mal a tout gâché, mais sans avoir pu éliminer complètement de l’être humain cette empreinte d’en haut.)

Notons encore que d’après Genèse 1.27, ‘l’homme’ (l’être humain) créé à l’image de Dieu est homme (masculin) et femme. Il n’y a pas lieu devant Dieu de discuter l’égalité de l’homme et de la femme, encore moins de se demander si les femmes ont une âme ! Dans le projet de Dieu, l’être humain est complet lorsqu’il est ‘deux’. Nous y reviendrons dans notre étude du chapitre 2.

Implications pratiques…

A. Dignité de la personne humaine

Tous les discours sur les droits de l’homme et la dignité humaine ont leur origine dans cette affirmation de la Genèse selon laquelle l’homme et la femme ont été créés ‘à l’image de Dieu’.Aussi chaque être humain, quelle que soit sa race, sa nationalité, sa condition sociale ou son état de santé, est-il gratifié d’une valeur infinie en raison de cette empreinte divine. Ceci dit, seules l’incarnation et la mort de Jésus-Christ ont pu nous révéler à quel point nous comptons pour Dieu, à quel point nous avons du prix à ses yeux.

Sachant que Dieu porte un tel regard sur nous, nous sommes appelés :

à développer une saine estime de nous-mêmes (dépourvue d’orgueil) et prendre soin de la créature que nous sommes ;

à reconnaître la valeur infinie des autres, quels qu’ils soient, en apprenant à les aimer comme Dieu les aime.

B. Prendre nos responsabilités

Etre ‘image de Dieu’, c’est être responsable. Qu’il s’agisse de notre propre vie, de notre famille, de notre société ou de notre planète, nous ne pouvons accomplir la noble destinée à laquelle Dieu nous appelle sans faire des choix qui engagent notre avenir, et sans prendre nos responsabilités. La vie de l’homme n’est pas tracée dans les étoiles ; elle se joue sur terre au quotidien ! Apprenons à connaître notre Dieu ainsi que son fabuleux projet pour nous, afin que nos décisions soient en harmonie avec les siennes.

C. « Homme et femme il les créa. »

Dieu a voulu que l’amour et la responsabilité soient tout d’abord vécus au sein du couple. Il importe donc d’accorder au mariage et à la vie conjugale une place primordiale dans nos préoccupations. L’homme et la femme, libres, égaux et unis, associés pour réaliser pleinement la mission que Dieu leur a confiée, peuvent déployer cette ‘image’ divine qu’il a mise en eux, et la transmettre à leurs descendants.

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